Hier midi, j'ai mangé dans un restaurant rapide. Celui avec un grand M jaune, oui. Parfois, quand on a une envie soudaine / pas le temps / quelqu'un qui veut absolument manger là-bas / la flemme d'aller plus loin (rayer la mention inutile), on prend ce qui tombe sous la main. Soit.

A la table à côté de moi, il y avait un jeune couple. Un homme, entre 25 et 30 ans, plutôt scuptural, le cheveu ras et la barbe de trois jours. En face, une jeune fille. Plus jeune, entre 18 et 23 ans et plutôt très jolie. Et entre eux, ça n'avait pas l'air de vraiment bien aller. Entre deux articles d'un quotidien de sport bien connu des amateurs, je jetais par curiosité un coup d'oeil à ces deux personnes qui m'intriguaient. Aux expressions attristées du visage de la demoiselle, on lisait sa déception à ce que lui disait son homme. Lui, de son côté, son visage se voulait ferme, avec ces expressions typiques de lèvres pincées qui veulent dire "Ben oui, mais c'est comme ça". On devinait chez lui des infidélités récurrentes à cette fille qui pour lui ne devait être qu'une fille de plus. Elle, de son côté, elle y croyait encore, à cet amour magnifique. Cet homme qui lui avait fait dire une nuit "Mon dieu mais vous êtes plusieurs ??!!", c'était forcément l'amour de sa vie. Celui qu'on a choisi au sortir de l'adolescence et de ses aventures sans lendemain.

Pourtant, à le regarder, lui, on savait que cette relation n'avait aucune chance de durer plus longtemps. Alors, un jour pas comme les autres, parce que le café serait trop chaud ou le réveil trop brutal, il lui dirait que c'est fini, qu'il n'éprouve plus rien et que de toute façon, il était déjà avec quelqu'un d'autre. Il rajouterait hypocritement qu'il est désolé, qu'il lui souhaite d'être heureuse, de retrouver quelqu'un de bien voire qu'elle ne le méritait pas, argument suprême de l'humiliation. Elle, elle se sentirait vexée, trahie et, donc, humiliée. Mais à toujours croire à cet amour devenu impossible, elle serait prête à tout pour le reconquérir. Je songeais alors à cette navrante émission que présentaient naguère le couple pittoresque Bataille et Fontaine, à ce plateau que séparait en deux un rideau dont l'ouverture mécanique était commandée par la seule volonté d'une personne qui se demandait bien ce qu'elle pouvait bien faire sur un plateau de TF1. Je voyais cette demoiselle trop éprise tenter de reconquérir cet homme trop vieux pour elle. De leur côté, les Placide et Muzo de la télé prendraient un malin plaisir à l'humilier d'autant plus que lui, de l'autre côté de ce foutu rideau, lâcherait devant des millions de téléspectateurs qu'elle n'avait rien été d'autre qu'une aventure, que, non, définitivement, ce rideau resterait fermé. Elle repartirait chez elle, anéantie et retrouverait son quotidien juste amélioré par les moqueries et autres quolibets des voisins.

Quand j'imaginais tout ça, ça faisait longtemps que je ne lisais plus L'Equipe. Je ne pensais qu'à la faire venir à ma table, lui offrir un milk-shake, la consoler, tenter de lui redonner un sourire. Comme ça, en tout bien, tout honneur. Le temps et le courage m'en ont empêché. Elle ira se consoler avec sa meilleure amie, sans doute plus apte à recueillir ses confidences intimes qu'un quelconque voisin de table d'un McDo défraîchi qui lit L'Equipe en jetant des coups d'oeil bizarres vers elle.

Post-scriptum : Cette note est une réécriture d'une ancienne note, d'un ancien blog. Je dois cette réécriture à un divin conteur qui a vécu une situation similaire récemment. Il m'a redonné l'envie d'écrire des futilités. Grâce lui soit rendue.